[Brochure] Les femmes face à la violence dans la chanson traditionnelle de langue française

Cette recherche s’intéresse aux références à la violence exercée contre les femmes dans les chants traditionnels de langue française, parsemés de mariages forcés, de cloître, de culture du viol et de féminicides. L’analyse de ce corpus de chants dévoile ces violences subies, mais également les moyens dont les femmes s’en défendent et la manière dont ces chants se révèlent être un moyen de sensibilisation à destination des jeunes femmes.

Le chant est un mode d’expression qui remonte aux origines de notre nature sociale. Avant les mots, il y avait certainement des sons qui pouvaient exprimer un sentiment, évoquer un symbole ou peut-être même communiquer une idée. Le développement du langage, c’est aussi le développement de la musicalité, bien avant qu’apparaissent les premières traces d’écriture et les partitions. Évoluant au fil des âges, cette tradition orale s’est transmise de génération en génération, prenant des formes diverses au sein des différentes ères et cultures. Lorsque nous explorons les anciens chants qui sont parvenus jusqu’à nous, quelles soient narratrices ou protagonistes, la présence significative des femmes ne peut que nous interpeller. Les amours, les peines et la violence auxquelles elles doivent faire face sont des thèmes récurrents dans les chansons traditionnelles, sources fondamentales pour l’étude socio-historique qui anime la jineolojî.

Dans cet essai, nous souhaitons explorer cet univers oral à travers un corpus de chants de langue française, principalement recueillis dans les différentes régions de l’actuelle « France métropolitaine ». Il est important de souligner que cette langue ne représente pas la richesse culturelle et sociale de ce territoire, car bien avant l’expansion et l’imposition du français tel que nous le connaissons aujourd’hui, il existait plus d’une trentaine de langues et presque autant de dialectes que de villes et villages. C’est pourquoi, pour pouvoir approfondir nos recherches, il nous faudrait étudier les chants de chaque « pays » qui constituent les différentes réalités et la véritable diversité de ce territoire. Certains chants sont issus de langues romanes proches du français (ce qui a pu facilité leur traduction et leur passage d’une langue à une autre), certains autres sont des versions récentes en français, dont la trame peut venir de chants d’une autre langue ou d’un autre pays. Aussi, la condition des femmes pouvant comporter des aspects régionaux spécifiques tout comme des aspects universellement partagés, il est important de souligner que la plupart des situations abordées dans ces chants ne sont pas spécifiquement propres à la condition sociale des femmes du territoire que nous étudions. Il est certain que nous pourrons retrouver de nombreuses similitudes avec les pays limitrophes, ainsi que dans d’autres pays du monde.

Dans cet essai, nous avons privilégié une approche générale à partir de chansons qui peuvent nous renseigner sur la condition des femmes qui ont peuplé la France autrefois. Pour la plupart des chants que nous allons aborder, il existe chaque fois une grande diversité de versions collectées dans différentes régions. Aussi, nous avons considéré suffisant de nous concentrer sur les paroles des chansons, sans prêter attention à leurs airs et à leurs formes musicales. Avant le travail de collecte et de transcription écrite qui a permis de sauvegarder la mémoire populaire, tout en la figeant dans le temps et l’espace, la tradition orale était une tradition vivante, en perpétuel mouvement. C’est-à-dire que des mélodies, des refrains, des morceaux de textes ou des éléments divers pouvaient être composés, fragmentés, ajoutés, supprimés, transformés ou interchangés sans limites. Aussi, les chansons et les histoires qu’elles racontent ont souvent voyagé, évoluant ou pas, selon les territoires et les époques qu’elles ont traversées. C’est pourquoi parfois l’étude comparée de différentes versions d’un même chant avec d’autres formes de littératures, orales ou écrites, pourra parfois nous aider à mieux appréhender une thématique donnée.

Ce pose également la question de savoir qui a chanté ces chants et dans quel but. Parfois, il semblerait que ce soit les femmes elles-mêmes qui narrent leur propre histoire, parfois on la raconte pour elles, et même contre elles. L’anonymat des chants traditionnels laisse planer ce mystère. Mais en analysant chaque chant à travers un point de vue de femmes, nous pourrons parfois remarqué que certains ont clairement transporté avec eux les sentiments féminins de détresse ou de rébellion, en les différenciant de l’aspect « fait divers » de certaines complaintes, par exemple, ou des chansons aux connotations clairement sexistes qui ont pour volonté de rabaisser et de dénigrer les femmes.

Dans la première partie de notre essai, nous nous intéresserons aux formes les plus récurrentes de violence auxquelles les femmes font face dans les chants traditionnels de langue française, en abordant les sujets du mariage, du cloître, de la culture du viol et du féminicide.

Dans la seconde partie, nous présenterons les moyens employés par les femmes pour se défendre de cette violence et nous aborderons la question de la chanson comme méthode orale de sensibilisation.

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