Défendre la vie : Entretien avec le Rassemblement des Femmes – Zenobia

Institut Andrea Wolf de l’Académie de Jineolojî
27.01.2026

Il existe des murs dans les cœurs, des murs imposés entre des peuples qui souhaitent se rassembler, des murs qui entravent les relations et le progrès social ; des murs à l’image de la frontière entre les États-nations turc et syrien. Des murs qui divisent les peuples et leurs villes, pourtant construites sur un désir d’avenir commun.
Mais la résistance ne fléchit pas. Ces derniers jours, nous avons vu des murs franchis, des clôtures abattues, et des peuples scandant de part et d’autre : « le peuple kurde ne fait qu’un ». À ces manifestations de libération collective s’opposent des faits brutaux, comme ceux constatés dans la région de Raqqa, libérée en 2017 et qui se reconstruisait lentement. Il y a quelques jours, les drapeaux et les voiles noirs ont de nouveau recouvert la région. La douleur et la violence peuvent une fois encore frapper à la porte des peuples organisés. Les événements survenus à Raqqa nous rappellent que la résistance, c’est la vie : elle ne doit jamais faiblir, elle ne doit jamais être oubliée.

Les attaques contre Raqqa et Tabqa menacent les femmes actives au sein des institutions de la révolution des femmes et les forcent à l’exil – celles qui, chaque jour, ont œuvré à l’effondrement des murs et des frontières. Comme nous l’avons écrit dans notre précédente analyse sur la situation actuelle de la guerre contre le Rojava, les centres Zenobia – organisation de femmes dans les régions à majorité arabe du nord et de l’est de la Syrie – ont été attaqués et détruits par les forces du gouvernement syrien de transition, avec le soutien de l’État turc.

Il y a quelques mois, nous avons eu l’opportunité de rencontrer et d’échanger avec les camarades du mouvement des femmes Zenobia. Elles nous ont confié le récit de leurs luttes, de leur cheminement vers l’autonomie collective et du sens de l’organisation entre femmes unies dans des communes. Nous œuvrons pour que leurs voix continuent d’éclairer nos luttes communes contre l’obscurantisme qui les menace. Nous voulons que leur volonté et leurs combats soient connus, partagés et amplifiés, à un moment où leurs valeurs et leurs acquis sont lourdement attaqués. Aujourd’hui comme demain, nous nous tenons aux côtés des femmes assassinées et attaquées. Nous partageons leurs récits et affirmons que notre lutte commune se poursuivra jusqu’à ce que toutes les femmes du monde soient libres de grandir et de franchir les murs qui les oppriment.

Zenobia a été fondée en 2021, en hommage à la reine guerrière de l’Empire de Palmyre. À Manbij, Tabqa, Deir ez-Zor et Raqqa, des centres pour femmes ont été créés afin de construire des perspectives communes de lutte contre les oppressions patriarcales : violences domestiques, mariages de mineures sans consentement, polygamie comme régime de domination, assassinats, ainsi que toutes les violences liées aux contextes de divorce et/ou d’héritage.

Des femmes arabes, circassiennes, turkmènes et kurdes se sont organisées ensemble et ont bâti l’unité en luttant contre les structures mentales de la domination masculine. Des années d’occupation de l’État islamique ont laissé des empreintes profondes dans la géographie sociale de cet espace. En tant que femmes, la lutte pour la liberté comprend de nombreux combats pour entraver les mécanismes du patriarcat. S’opposer aux structures de pouvoir patriarcal et aux traditions oppressives constitue une première étape pour s’affranchir de leur poids. Affirmer sa voix et apprendre à se connaître nourrissent les graines de liberté semées par les assemblées de femmes.

 

Entretien réalisé le 20 novembre 2025 à Raqqa.
Version traduite de l’arabe vers l’anglais, puis vers le français.

 

Q : Pourquoi travaillez-vous à Zenobia ?

Noora :

Nous travaillons à Zenobia pour améliorer la situation des femmes et renforcer leur autonomie dans tous les domaines de la vie – politique, économique et social – par tous les moyens possibles. Nous œuvrons à briser les frontières intérieures, afin que chaque femme puisse connaître sa propre vérité et trouver la force nécessaire pour lutter et obtenir sa liberté. Les femmes subissent le poids des traditions, parmi tant d’autres souffrances. Les violences physiques et sexuelles les frappent de plein fouet. Elles sont soumises à un ordre de pensée qui ne les respecte pas, mais qu’elles sont contraintes d’adopter sous l’autoritarisme masculin dominant. Notre travail ici consiste à renforcer chaque femme, à l’aider à devenir plus forte afin qu’elle puisse améliorer ses conditions de vie. C’est tout.

 

Q : De quelles manières les femmes peuvent-elles devenir plus fortes ?

Noora :

Il existe de nombreuses façons. Tout d’abord, nous rendons visite aux femmes chez elles et organisons des conférences sur leurs droits et sur ce qu’elles désirent, afin d’éveiller leur conscience. Chaque femme doit revendiquer ses droits – le droit de vivre, le droit d’apprendre, et bien d’autres encore. Nous aidons les femmes à prendre conscience de leurs droits pour qu’elles puissent envisager leur avenir et briser les chaînes des obstacles inconscients, ces clôtures intérieures qui les entravent. Beaucoup de femmes ont peur de revendiquer leurs droits à cause de la pression sociale. Nous les aidons à devenir plus fortes pour qu’elles puissent les revendiquer.

Leila :

Je souhaite ajouter quelques éléments concernant nos activités. Nous effectuons des visites, mais nous menons également un projet de conférences au sein des académies. Ce sont des académies pour femmes proposant différents programmes. Certains sont dits « fermé » : les femmes viennent à l’académie et y restent un ou deux mois sans rentrer chez elles. D’autres programmes sont « ouverts » : ils débutent à 9 heures et se terminent à 15 heures. Ces formats permettent aux femmes qui ne peuvent pas participer aux programmes fermés, en raison de contraintes familiales ou de leur statut, de prendre part aux formations. De nombreuses familles n’autoriseraient jamais leurs filles à dormir hors de chez elles. Notre objectif est que toutes les femmes puissent venir à l’académie, suivre les conférences, mieux se connaître, renforcer leur autonomie, améliorer leur vie sociale et gagner en confiance et en force. C’est le sens de notre travail dans les académies.

Q : Pouvez-vous décrire les changements observés chez les femmes du début à la fin des académies ?

Noora :

À leur arrivée à l’académie, de nombreuses femmes rencontrent de grandes difficultés. La société, le frère, le père, l’autorité masculine rendent leur vie difficile. Elles n’ont souvent pas accès à l’éducation ni à l’apprentissage. Lorsqu’elles arrivent dans les académies, c’est comme entrer dans un nouveau monde. Elles deviennent plus fortes ; une lumière apparaît dans leur vie après des années passées dans l’obscurité. Dans les académies, nous aidons les femmes à se connaître et à découvrir leur véritable identité. Elles prennent conscience de capacités, de préférences et de passions qu’elles ignoraient jusque-là. Après l’académie, elles sont plus fortes, plus confiantes et plus conscientes de leur pouvoir. Nous continuons à les soutenir après leur formation, car beaucoup manquent encore de confiance et ont du mal à affronter l’oppression. Mais lorsqu’elles deviennent plus fortes, tout change. Aujourd’hui, il est merveilleux de voir de nombreuses femmes passées par les académies devenir enseignantes, leaders et actrices du mouvement — comme nous ici, engagées dans le travail de Zenobia. Nous voulons pouvoir faire et offrir davantage, non seulement pour les femmes d’ici, mais pour toutes les femmes de Syrie et du monde entier.

Q : Comment les femmes se rassemblent-elles et se soutiennent-elles mutuellement pour devenir plus fortes dans vos académies ?

Noora :
C’est une question d’esprit d’amitié.
Avec des personnalités différentes et issues d’environnements différents, toutes les femmes créent des liens d’amitité lorsqu’elles se retrouvent ensemble. Les relations qu’elles tissent entre elles les enrichient mutuellement. De la même manière, les enseignantes du programme interagissent entre elles comme des amies. Et c’est ce lien d’amitité qui fondent l’action, nous faisons tout ensemble, nous nous soutenons des toutes les manières possibles.

Les personnalités différentes sont complémentaires. Par exemple, certaines femmes sont très calmes, d’autres affirment plus de dureté et souvent de la colère. Avec le temps, une personne dont la colère était le moteur apprend à faire usage du calme et une personne silencieuse devient plus confiante. Les femmes s’influencent mutuellement.
À la fin des formations dans les académies, les femmes pleurent lorsqu’elles doivent se séparer. Comme une famille choisie, les femmes se sont trouvées les unes grâce aux autres, comme dans les relations de camaraderie. Elles restent en contact, elles se sentent en famille, elles ont du soutien. Elles ont quelqu’un qui les rend plus fortes et plus puissantes. L’esprit de camaraderie est ce qui est le plus important.

 

Q : Pour continuer cet esprit de camaraderie : le système d’administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie est basé sur les communes, comme plus petites unités de la société. Quand vous entendez les mots « commune de femmes », qu’est-ce qui vous vient d’abord à l’esprit ?

Asma :
Notre système de communes a deux parties : une générale et une autonome, réservée uniquement aux femmes. Les communes relient tous les conseils et comités. En tant que femmes, nous sommes les seules à pouvoir comprendre réellement les autres femmes. C’est pourquoi il est important d’avoir des communes autonomes pour les femmes uniquement. Le travail de la commune des femmes consiste à les protéger. Cela signifie connaître chaque femme du quartier, s’informer de sa situation, savoir si elle subit des violences ou toute autre forme de souffrance. Et surtout qu’elle aient conscience que leurs voix puissent être entendues au sein de la commune et des conseils. Nous avons des comités autonomes d’autodéfense et des communes de santé. Ces sujets sont liés : l’autodéfense, c’est protéger la santé des femmes.
Nous travaillons actuellement sur ce projet. Nous espérons qu’à l’avenir, ce système de communes s’étendra à l’ensemble de notre société. Nous espérons même qu’il y aura des communes de femmes dans toute la Syrie, spécifiquement pour les femmes, afin d’améliorer la vie des femmes partout en Syrie. Car, en Syrie, les femmes subissent de nombreuses violences et une forte exclusion de la vie politique. Elles sont exclues de la politique, du travail, de l’économie, de tout. Les femmes n’y participent pas et en souffrent. Nous espérons pouvoir atteindre toutes ces femmes et les soutenir en construisant des communes. Nous espérons qu’au début de l’année 2026, nous pourrons commencer une phase de renforcement et d’autonomisation des communes. Cela prendra du temps, mais nous y travaillons.
Les communes de femmes sont extrêmement importantes. […] Beaucoup de femmes vivent dans les villages. Le rôle de la commune des femmes est aussi d’aller à leur rencontre, de briser leur isolement.

 

 

Q : Quels sont les plus grands défis dans la construction de ces communes de femmes ?

Leila :
Le plus grand défi est la culture conservatrice de cette région et plus globalement, la mentalité laissée par Daech, qui s’est répandue chez les hommes. Les hommes n’acceptent pas que les femmes forment une commune ou deviennent fortes. Ils n’acceptent pas que les femmes puissent faire un « travail d’homme ». C’est difficile. Nous devons changer la structure de pensée des hommes, les convaincre que les femmes peuvent occuper ces positions de force. C’est le plus grand défi, et on ne peut pas dire que ce soit facile.
Mais nous pouvons changer les choses, toujours. Même après Daech et cette mentalité – qui est une mentalité très autoritaire – nous pouvons changer. Nous travaillons dur pour cela. L’esprit des femmes a aussi été touché par cette idéologie. Les idées de Daech sont horribles, et nous espérons les changer.

 

Q : Comment les femmes surmontent-elles ou affrontent-elles la mentalité construite par Daech ?

Leila :

C’est l’un des plus grands défis. Mais, comme nous l’avons dit, il y a une grande différence entre les femmes avant et après une formation à l’académie. Quand les femmes deviennent plus fortes et plus confiantes dans leurs pensées et en elles-mêmes, elles n’ont plus peur de rien, pas même de la mentalité de Daech. La plupart des femmes qui ont suivi les formations des académies de Zenobia occupent aujourd’hui des postes de responsabilité : dans des institutions, des comités, des postes politiques. Elles commencent comme membres des communes et ensuite elles peuvent toucher d’autres femmes, car elles n’ont plus peur. Leur manière de penser change. Cette peur s’est toujours située à l’intérieur des femmes, pas à l’extérieur. Les femmes sont parfois leurs propres ennemies, parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles veulent, ne connaissent pas leurs droits, ou ne savent pas qu’elles peuvent faire quelque chose. Elles ont appris à vivre dans l’obscurité depuis des années.

Après les académies, elles reprennent conscience de leur force. Elles connaissent leurs droits, leurs acquis, et elles peuvent même les protéger. Elles ont obtenu cela grâce au savoir. Elles peuvent se protéger elles-mêmes et protéger leurs acquis. Et ensuite, elles essaient de transmettre cela à d’autres femmes, pour rendre encore plus de femmes comme elles. Une femme forte et consciente commence à comparer sa vie avec la mentalité de Daech. Elle voit la différence et réfléchit à la manière dont elle peut réellement vivre avec des droits. Cela l’amène à prendre une décision : être forte et soutenir d’autres femmes pour se débarrasser de ces pensées et mentalités de Daech qui persistent encore.

C’est pourquoi, à Zenobia, nous travaillons aussi avec les femmes dans les camps de Daech, pour changer leur mentalité, les aider à se connaître, à comparer leur vie d’avant et leur vie actuelle. Ce que la mentalité de Daech donne aux femmes, et ce que les pensées démocratiques leur apportent en termes de droits et d’acquis. Dans la mentalité de Daech, les femmes n’ont pas de personnalité, elles ne sont rien. Cette mentalité devient réelle lorsqu’elle est appliquée. La changer est une tâche difficile. […] On ne peut pas attendre que quelqu’un vous libère. Vous devez vous libérer vous-même.

 

Q : Aujourd’hui, quel est le rôle des femmes dans la reconstruction de Raqqa ?

Leila :
Aujourd’hui, de plus en plus de femmes travaillent à Raqqa. Dans de nombreux domaines, ce sont les femmes qui reconstruisent la ville, dans l’état dans lequel elle était après le passage de Daech. L’une de nos maires, Leyla Mustefa, a été représentante du conseil de Raqqa. Elle faisait partie des neuf maires dans le monde à travailler sur le nettoyage et la reconstruction de Raqqa après Daech, face aux bâtiments détruits, aux ruines. Dans chaque institution, il existe désormais un bureau des femmes, spécialement dédié à leur protection sur le lieu de travail. Les femmes sont une part essentielle de la reconstruction de Raqqa et contribuent à rendre la ville de plus en plus belle. Aujourd’hui, Raqqa est devenue une très belle ville, alors qu’elle était détruite à 90 %. C’est cela, le rôle des femmes. Elles ont énormément travaillé ici, plus que les hommes.

 

Q : Vous avez parlé des femmes dans les villages. Comment voyez-vous la relation entre les femmes et la nature ?

Leila :
Il y a quelque chose de commun entre les femmes et la nature. Les femmes travaillent dans les champs, nous sommes les filles de la nature. Les femmes créent tout par elles-mêmes. Il y a toujours eu plus de femmes que d’hommes à travailler dans les champs. C’est pourquoi la nature est si profondément liée à la mentalité des femmes. Les racines des femmes sont dans les champs et les arbres. Chaque femme a des racines comme un arbre, et ce sont des racines solides. Et nous espérons qu’elles deviendront encore plus fortes avec le temps. Les femmes qui vivent dans les villages sont plus fortes. On voit une grande différence entre les femmes des villages et celles des villes, à cause de leur relation avec la nature. Cela les rend plus fortes. On le voit dans leur corps, leurs cheveux, leur peau, tout est différent, même leur esprit. Elles ont des personnalités fortes, grâce à la nature et à l’air pur. Elles ne mangent pas d’aliments en conserve ou transformés. Leur esprit est plus clair grâce à la nature et à l’air pur. En ville, la vie est rapide, tout va vite.

Dans les villages, les femmes travaillent dans les champs, avec le bétail, elles font tout ce que font les hommes, contrairement aux villes. En ville, l’autorité des hommes est plus forte, parce qu’ils pensent que les femmes n’ont pas de force. Ils pensent, par exemple, qu’une femme ne peut pas être avocate. Pourtant, beaucoup des avocats les plus brillants sont des femmes.

 

Q : Vous avez parlé plus tôt d’autodéfense. Que cela implique-t-il ?

Leila :
C’est se demander : comment se défendre ?

Q :
Je dirais que je ne peux pas me défendre seule, j’ai besoin d’une commune. Je suis moi-même dans ce processus, car j’ai réalisé que j’ai eu très peu de contact avec l’autodéfense dans ma vie. C’est aussi pour cela que je suis venue dans cette révolution ici en Syrie.

Leila :
Pour l’autodéfense, avant tout, les femmes doivent connaître leurs droits. En tant que femme, tu dois connaître tes droits et briser les barrières dans ton cœur. N’aie pas peur. N’aie pas peur de savoir. Les femmes ont peur de demander leurs droits, et cette peur tue leur voix. Nous devons les libérer des barrières à l’intérieur d’elles-mêmes. Ce ne sont pas des murs dans la société ou dans une pièce, ce sont des murs intérieurs. Ensuite, une femme doit refuser la violence, dire non. Les femmes pensent qu’elles ne peuvent pas dire non. La première chose à savoir et à appliquer, c’est que tu peux dire non. Ce n’est pas toujours facile, mais cela devient possible quand tu sais que tu dois être forte et que tu sais ce que tu veux. Dans nos académies, il y a des cours d’autodéfense. Il est nécessaire d’apprendre à se défendre physiquement et mentalement, car certaines violences ne se font pas avec les mains, mais avec les mots ou les pensées. Imposer ses idées à quelqu’un est une forme de violence. Forcer une femme à rester à la maison, à ne pas sortir, c’est une violence. Il y a aussi la violence sexuelle. Donc, d’abord, il faut décider de dire non, de ne plus accepter cela.

 

Q : Vous disiez plus tôt, qu’il est important de soutenir les femmes ici, mais aussi dans le monde entier. Pourquoi est-ce important pour vous de soutenir une femme à l’autre bout du monde ?

Asma :
Parce qu’elles sont aussi des femmes. Nous sommes des femmes les unes pour les autres. Que ce soit au Darfour, en Afrique, au Pakistan où des femmes et des jeunes mineures sont vendues comme esclaves. En Iran aussi, les femmes souffrent des pensées islamistes oppressives. Nous ne regardons pas seulement notre situation à Rojava ou en Syrie. Nous regardons toutes les femmes dans le monde. Partout où les femmes souffrent, même en Europe. En tant que rassemblement de femmes, nous pouvons être le plus grand rassemblement au monde, en unissant toutes les femmes partout sur la planète. Et c’est ce que nous cherchons. Ici, il y a des femmes dans les unités de défense, comme combattantes. Les femmes peuvent être des combattantes partout dans le monde. Les femmes ne doivent pas être l’ esclaves des autorités.

 

Q : Comment parvenez-vous à rassembler des femmes de différentes religions, ethnies et cultures ?

Leila et Noora :

Nous rassemblons des femmes assyriennes, syriennes, arabes, parce que nous partageons la même mentalité. En tant que femmes, nous avons le même objectif. Nous ne regardons pas si tu es kurde, arabe ou autre. C’est l’esprit de camaraderie qui nous guide, nous pousse à agir. Nous travaillons comme une équipe, pas comme des individus, parce que nous avons les mêmes objectifs et la même mentalité. Il est facile de se comprendre, car nous partageons les mêmes valeurs. Entre nous et vous aussi, nous avons les mêmes pensées concernant les femmes. Nous luttons pour les femmes. Nous te voyons d’abord comme une femme, puis comme un être humain. Nous ne regardons ni ta race, ni ta religion, ni quoi que ce soit d’autre.

 

Q : Cette unité entre les femmes peut-elle aider à dépasser les divisions dans toute la société ?

Asma :
Oui, c’est vrai. Avant Daech, il n’y avait pas autant de divisions. Je buvais mon café avec ma voisine sans penser qu’elle était kurde et que j’étais arabe. Les enfants jouaient ensemble, c’était une vie normale. Daech a implanté ces pensées : « ceci n’est pas musulman », « ceci est musulman », « ceci est kurde », « ceci est arabe ». Avant Daech, ces idées n’existaient pas. Aujourd’hui, avec l’Administration autonome, nous rejetons toutes ces pensées. Nous détruisons ces mentalités. Nous sommes tous humains, nous avons les mêmes droits, nous sommes égaux. En tant qu’être humain, tu as des droits. Et en tant que femme, tu as le droit d’être forte, d’apprendre, de travailler, de dire non et d’exprimer ton opinion. Ils disent que nous lavons le cerveau des femmes. C’est l’inverse. Ce sont eux qui lavent le cerveau des femmes en leur faisant croire que leur place est uniquement dans la cuisine. C’est un défi pour toutes les femmes, pas seulement en Syrie, mais partout dans le monde.

 

vous pourriez aussi aimer